Exemple de la dualité : comment se fait-il que je tourne en rond dans le prendre soin de moi ?

Il y a des moments où l'on se dit : "Après tout ça, j'en arrive encore une fois là ?" avec cette même sensation que malgré tous nos bons soins, nos efforts, nos compréhensions nouvelles, nos libérations etc., on n'a au final que tourner en rond. Se serait-on fait berner par quelques illusions ? Je vous propose donc une série d'épisodes où je vous relate certains pièges et certaines reconnaissances d'une vie dans les pièges d'une dualité pensée. Ce premier épisode parle notamment de notre manière très idéalisée de penser le soin de soi et le soin de l'autre dans l'Amour...

 

Episode 1 :

Hello, je me présente. Je me nomme Caroline et je suis thérapeute du Coeur. Vous avez vu ? Ça fait très "courrier du Coeur" avec les petites fleurs et tout le tralala. Et pourtant, la chose que je vous transmettrai aujourd'hui sera bien de ne pas prendre soin de vous dans l'idée du soin et de l'Amour.

 

Pourquoi est-ce que je vous partage ça ? Ben, parce que j'ai été pendant dix-années dans un métier où j'ai professé en tant qu'ergothérapeute pour "aider les autres à dépasser leur situation de souffrance et d'handicap". J'ai tellement centré ma vie sur le soin des autres que plus je prenais soin des autres, plus je m'oubliais moi-même. Il n'y a d'Amour heureux que dans l'Amour qui n'exclut personne. Bon, ben là, c'était pas le cas. Et c'est bien ce que j'ai vécu parallèlement à ce travail de soignante paramédicale au service des autres : bien des douleurs et des pertes amoureuses. "Il n'y a pas d'Amour heureux sans autre qui m'aime" : c'était aussi cela, mine de rien, soigner les autres, c'était peut-être exister dans l'amour que les autres me donnaient en retour de mes bons soins, moi qui ne savais ni prendre soin de moi, ni m'aimer. Alors j'ai travaillé ainsi pendant de très nombreuses années. Et j'ai souffert en amour aussi pendant ces très nombreuses années. Et puis, il arrive un jour où l'amour de l'autre, des autres, n'est plus assez fort pour pouvoir contenir ces flots de manque d'amour de soi et de manque de confiance en soi. Une séparation amoureuse de plus, la sensation d'avoir perdu la personne par qui toute ma vie prenait souffle de vie, et me voilà agenouillée par terre dans mon salon, à vivre cette profonde solitude et ce profond dégoût de soi et de sa vie. C'est ainsi : une vie sans amour de soi est toujours une vie à genoux. Je pensais que c'était l'amour qui me mettait ainsi à chaque fois à terre, avec cette sensation d'être une moins que rien. Mais maintenant, je vois combien c'est toujours la perte d'un amour qui nous met l'évidence sous les yeux que sans l'autre, on ne peut pas être aimé. Car sans autre qui nous aime, il n'y a pas cette personne qui devrait être là à chaque instant, qui ne devrait jamais abandonner son amour pour soi, et qui devrait toujours être présente : soi-même.

 

Alors, j'ai travaillé pendant pratiquement dix ans dans ce métier, dans cette façon de vivre, jusqu'au jour où j'ai été moi-même confrontée à mes propres souffrances et difficultés à un point tel qu'il y a eu dans ma vie comme "un point de non-retour". Quand on en arrive à ce point-là de sa vie où l'on choisit de ne plus vivre pour ne plus avoir à souffrir autant, c'est que l'on n'a jamais appris à voir au-delà de ses pensées conceptuelles si commodes "que la vie c'est comme ça, c'est normal de souffrir sur Terre : il n'y a pas d'autre possible, la vie c'est comme ça". Pourquoi si commodes ? Et bien, parce que c'est tellement plus facile de penser la chose ! Au moins, on vit quand même dans quelque chose que l'on maîtrise parce que l'on connaît bien : la souffrance !

 

Certains s'habituent peut-être à cette souffrance. Moi, j'ai toujours eu besoin de souffrir. C'est différent.

 

Ceux qui s'habituent à cette souffrance en font une sorte de compagnon de vie. Quand on vient vivre sur Terre, ainsi on serait en pacs ou marié d'une manière systématique avec le souffrance ? Pour ma part, je n'ai jamais vraiment pris l'habitude de cette souffrance sur Terre : la souffrance de l'autre me faisait souffrir, ma propre souffrance me faisait souffrir. Et j'avais l'impression comme ça, en luttant sans cesse contre l'acceptation de la souffrance dans ma vie sur Terre, que j'étais "une personne bien, qui était sensible et pas égoïste". Tout plutôt que de vivre insensible à la souffrance d'une autre personne que moi. Aimer n'est-il pas cette façon de vivre en étant sensible à l'autre et à ce qu'il vit ?

 

Après ce "point de non retour", Il s'est engendré pourtant un retour nécessaire à ma personne : moi qui passais ma vie à prendre soin des autres, je n'avais alors plus d'autre choix que de prendre soin de moi. Car je le découvrais alors, sans la capacité personnelle de pouvoir exister, on ne peut pas faire grand-chose pour l'autre en ce monde ! Ça me fait bien rire maintenant, parce que c'est tellement évident ! Sans exister soi-même dans ce monde, je ne pouvais pas vraiment faire grand-chose pour l'autre ! Quand on se sent moins que rien, complètement détruite intérieurement, qu'apporte-on aux autres ? Quand on ne s'aime pas ou plus, quand on ne sent plus à la hauteur, peut-on vraiment accompagner l'autre dans le fait de se sentir lui-même mieux ou à la hauteur dans sa propre vie ? Là, à ce moment-là, j'ai bien vu que ce n'était pas de l'ordre de ma capacité : j'allais si mal que je ne pouvais faire le bien.

 

Il n'y a de bonheur que si ce partage aux autres prend ses forces dans l'Amour que l'on est. Chercher cet amour-là dans ce que nous rendent les autres par leurs mieux-être est toujours source de souffrances à plus ou moins long terme. Car il n'y a que soi-même qui peut générer une manière de vivre où l'Amour ne demande rien. Et il n'y a que dans cette condition de vie où l'Amour vit pour et par lui-même sans rien demander à l'autre que l'on peut vraiment vivre heureux. Pour cela, il est nécessaire d'apprendre à constituer ce socle indispensable d'Amour à partir duquel l'être humain peut être par lui-même, sans rien attendre d'autre qu'Aimer et d'être heureux d'Aimer. Ce socle ne peut exister sans amour de soi. Je transmets cela dans mes accompagnements, c'est-à-dire apprendre à se Voir et à s'Écouter au-delà de ce que l'on pense de soi, au-delà de l'égo, au-delà des angoisses et des manques, au-delà des cristallisations autour de blessures plus ou moins anciennes. Il y a ce Coeur en vous que vous êtes. Il a toujours été là. Et du moment que vous ne vous voyez plus dans ce Coeur-là, du moment que vous n'Écoutez qu'au travers des idées, vous ne pouvez qu'engendrer une existence se perdurant dans la dualité, c'est-à-dire une existence se basant sur un flot discontinu de tensions, de peines et de souffrances suivi d'un flot discontinu d'apaisements, de joies et de bien-être heureux, suivi d'un flot discontinu de tensions, de peines et de souffrances, suivi d'un flot discontinu d'apaisements, de joies et de bien-être heureux, suivi d'un flot....

 

L'Amour est un indispensable pour être heureux. Mais je ne parle pas des idées de l'Amour, qui s'inscrivent dans ces flots-là des hauts et des bas constants sur Terre, de ces hauts et de ces bas constamment répétés. Je parle de vivre en s'aimant et en aimant naturellement, c'est-à-dire dans le Coeur que vous êtes individuellement. Vous êtes unique en ce Coeur. Et vous êtes donc venu être et vivre quelque chose qui sera seulement vous et seulement votre vie, à votre image, dans cet Amour.

 

Il y a bien des manières d'aimer, pourrait-on croire. Pourtant, pour résumer, on pourrait dire qu'il y a globalement actuellement sur Terre deux manières de vivre : celle de la dualité, qui se base uniquement sur les idées, donc notamment les idées de l'Amour, du bien et du mal, de l'avancée dans sa vie et du recul dans sa vie, celle des extases de grands bonheurs et celle des déceptions des grands malheurs, donc celle de ces flots incessants et continus de hauts et de bas, de va-et-viens dans nos choix d'un côté à l'autre, etc... (c'est l'égo), ou celle de vivre au-delà de ces idées, c'est-à-dire vivre dans ce socle, cette base de vie qu'est directement le Coeur que l'on est dans la vie, cette foi en soi et en sa vie, sans ce passage aux idées.

 

J'avais repris depuis plus de 6 ans mon activité d'ergothérapie après ce retour à soi. Et j'ai vécu en 2015 et en 2016 deux évènements majeurs qui ont bouleversé ma vie et suite auxquels j'ai commencé à vivre des choses que je pensais jusqu'alors impossibles. Actuellement, un très grand nombre de personnes vivent ainsi, dans des expériences qui jusqu'alors n'existaient pas dans leur vie. J'invite toute personne vivant actuellement cette manière de vivre à se poser la question suivante : "Depuis que j'ai commencé, est-ce que j'ai quitté réellement cette manière de vivre dans les hauts et les bas ?" Du moment que l'on se dit par exemple : "Oui, j'ai quitté les bas d'avant. Avant, j'allais bien plus mal, maintenant c'est mieux", on ne répond pas à la question. La question n'est pas : "Est-ce que vous allez mieux ?", la question est : "Est-ce que vous êtes heureux d'une manière durable ?" Nous parlons alors d'un état d'être heureux, pas d'un état d'être "moins malheureux". On pourrait alors se dire : "Mais c'est pareil ! Heureux ou moins malheureux, c'est pareil !" Le bonheur est ce que la pensée pense alors dans le deuxième cas. Or la manière de vivre de la pensée, est de définir tout ce qu'elle peut vivre. Ainsi, pour la pensée le bonheur est.... Et quand la pensée croit et pense que "le bonheur est...." (mettez ce que vous voulez à la place des points, c'est-à-dire votre propre définition du bonheur), elle croit et pense alors ensuite systématiquement que si le bonheur est par exemple "de ne pas souffrir", "pour arriver au bonheur il faut donc se battre contre sa propre souffrance". La pensée vit dans les raccourcis, ainsi si pour elle le bonheur c'est alors l'absence de souffrance, et il est nécessaire de s'occuper de la souffrance, de la faire disparaître, pour pouvoir être heureux et vivre le bonheur. Ainsi commence le début de nombreuses, très nombreuses années où l'on cherche à être heureux en "enlevant sa souffrance".

 

Mais qu'est le bonheur ? Regardez-vous vivre dans votre vie ! Quand est-ce que vous êtes heureux ? Beaucoup répondront : "Je suis heureux quand je ne souffre plus !" Mais en êtes-vous sûrs ? Car si vous regardez bien, il est très certainement possible que même récemment vous n'étiez pas en train de souffrir, et vous n'étiez pourtant pas heureux. On ne se demande pas "si l'on est heureux" quand on l'est réellement. On le sait car on le vit ! Donc maintenant que vous avez lu ces dernières phrases, êtes-vous si sûr que votre bonheur se vit "quand vous n'êtes pas souffrant" ? Dans la dualité, arrive alors la pensée "raccourci" suivante : "Oui, mais par contre, je ne peux pas être heureux si je souffre. Donc ma souffrance m'empêche d'être heureux, donc je ne dois plus souffrir, donc il FAUT que JE NE SOUFFRE PLUS POUR POUVOIR VIVRE HEUREUX !"

 

Pour ma part, ma pensée était encore plus retorse : à un moment donné de ma vie, je pensais même que "vivre heureux était vivre sans souffrance. Et qu'aimer rendait heureux. Donc si j'étais encore quelque part souffrante dans ma vie, c'est que je n'étais pas encore suffisamment Amour moi-même dans ma vie". Beaucoup de personnes partagent encore ce point de vue. Et peut-être même certaines personnes parmi vous qui me lisez aujourd'hui. Mais parlons-en, si vous le voulez : qu'est-ce que ça engendre cette pensée ? Pour ma part, je me disais : "Ah, c'est bien ! Maintenant, contrairement à avant, je prends soin de moi et de ma vie ! Plus question pour moi de me laisser aller à ce manque d'amour de ma personne : maintenant, je prends soin de moi !" Alors, dans ces cas-là, on trouve chacun, en fonction de ses propres croyances pensées, ses façons de se convaincre "que l'on nourrit l'amour en prenant ainsi soin de soi". Mais patatras ! Arrivent toujours ces moments où, malgré tous ces bons soins de soi, on en revient toujours au même point où il y a cette curieuse impression que malgré tout cela, on revient au même point de départ. Ah, quelle désagréable sensation que celle qui consiste à se rendre compte qu'on a passé tout ce temps à pratiquer, faire, ne plus pratiquer, ne plus faire pour en arriver ENCORE LA ! Bref, personnellement, j'en ai passé du temps à tourner en rond ainsi. Et un jour, on se dit : mais en fait, ne suis-je pas en train de tourner en rond et de me donner continuellement l'illusion "que j'avance" ?

 

Mais c'est ainsi : comme on en est convaincu, on est rassuré. Et même si c'est toujours souffrant, on continue ainsi sans fin, sans jamais en finir, à "prendre soin de soi" de cette manière : de cette manière où dans cette pensée qu'aimer c'est vivre en prenant ainsi soin de soi, en "enlevant tout ce qui n'est pas encore assez Amour en soi, tout ce qui n'est pas encore paix, etc...", on poursuit cette quête illusoire du bonheur et de l'Amour. Je ne dis pas là que le bonheur et l'Amour n'existent pas. Là, Je dis seulement que s'ils existaient dans cette manière de vivre, cela ferait bien longtemps qu'il y aurait bien plus de gens heureux sur Terre.

 

(A suivre...)